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Déclaration de Bamako, Octobre 2000

49e session générale de la Conférence des Ministres de l’Education des pays ayant le français en partage. Bamako (Mali), 23 – 27 octobre 2000

Réunis à la fois pour la 49e session de la CONFEMEN et pour la célébration du 40e anniversaire de notre Conférence – la plus ancienne parmi les institutions francophones -, Nous, ministres de l’Education et chefs de délégation, souhaitons à l’issue de nos travaux faire part de nos préoccupations, ouvrir de nouvelles perspectives et réaffirmer notre engagement dans la coopération francophone.

Six mois après le Forum mondial sur l’éducation de Dakar, où nous avons pu constater avec l’ensemble de la Communauté internationale que, dix ans après Jomtien, l’objectif d’une éducation de base pour tous est loin d’être atteint, il apparaît qu’une longue route reste à parcourir. En effet, s’il est possible de mesurer le chemin parcouru, personne ne peut céder à l’autosatisfaction :

  • onze pays parmi les vingt derniers classés dans le rapport sur le Développement humain du PNUD à la rubrique « Disparités dans l’enseignement » appartiennent à l’Afrique subsaharienne francophone ;
  • onze pays de la CONFEMEN affichent toujours des taux bruts de scolarisation inférieurs à 70% ;
  • les huit pays où la plus forte proportion d’élèves n’atteindra pas la cinquième année primaire sont francophones ;
  • dans l’espace francophone, 20% seulement des sortants du primaire entrent dans l’enseignement secondaire ;
  • cinq à dix pour cent des effectifs du secondaire entreprennent une formation professionnelle et technique ;
  • l’impact du sida, qui frappe cruellement les jeunes, leurs familles et les personnels de l’enseignement de nombreux pays, risque à terme d’anéantir une bonne partie des efforts entrepris.

A l’issue de nos débats, nous voulons réaffirmer les lignes de force qui caractérisent nos travaux (Nouvelle école de base, Formation professionnelle et technique et insertion des jeunes dans la vie active, dynamique partenariale et rôle nouveau de l’Etat, processus démocratique de refondation) et nous désirons insister particulièrement sur :

  • la prise de conscience, au Nord comme au Sud, de la persistance de disparités entre filles et garçons, soit dans l’éducation de base, soit au niveau secondaire, mais surtout dans les filières de formation professionnelle et technique ;
  • la nécessité de développer des stratégies novatrices pour réduire ces disparités : élimination des obstacles juridiques, larges campagnes de sensibilisation de la population, mesures diversifiées de discrimination positive à l’égard des filles ;
  • l’indispensable articulation entre l’éducation formelle et non formelle et le développement local ;
  • le renforcement de la coopération entre les partenaires techniques et financiers bilatéraux et multilatéraux afin de réaliser l’engagement collectif pris lors du Forum de Dakar qu’ « aucun pays qui a pris un engagement sérieux en faveur de l’éducation de base ne verra ses efforts contrariés par le manque de ressources » ;
  • la prise en compte dans les politiques nationales de la question des langues nationales, facteur important d’amélioration de la qualité ;
  • l’adoption de procédures d’évaluation des apprentissages qui visent en priorité l’amélioration de la qualité ;
  • l’appropriation par l’ensemble des pays des résultats et des méthodes du Programme d’Analyse des Systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC).

Nous reconnaissons que nous sommes investis, au niveau national, d’une mission fondamentale dans la définition et la mise en œuvre de nos politiques éducatives. Il nous revient donc de veiller à une bonne harmonisation entre leurs diverses composantes, à leur ancrage dans la politique nationale de développement durable en impliquant l’ensemble des acteurs et des partenaires de nos systèmes éducatifs.

Nous reconnaissons aussi que les engagements pris lors du Forum de Dakar appellent de notre part la définition de Plans nationaux d’Education pour tous d’ici 2002 et la création de réseaux régionaux. Nous sommes déterminés à tenir ces engagements.

Nous constatons que nos systèmes éducatifs, spécialement ceux d’Afrique, d’Haïti et du Sud-Est asiatique, sont confrontés à des difficultés majeures et que nous continuons à nous présenter en ordre trop dispersé sur la scène internationale. Préoccupés par l’urgence et la gravité de la situation, nous soulignons l’impérieuse nécessité, pour la Francophonie en général et pour la CONFEMEN en particulier, de faire preuve d’une meilleure cohérence et d’une cohésion plus affirmée. Les bilans existent, nous disposons d’une réflexion pertinente, d’une capacité d’expertise reconnue et de propositions d’actions porteuses d’avenir. Il nous faut maintenant nous engager véritablement.

Nous reconnaissons enfin que nous devons au sein de la CONFEMEN, et en conformité totale avec ses statuts, identifier nos besoins communs, développer des orientations convergentes et agir en fonction de ces priorités, tant en Francophonie que dans les instances internationales et dans nos relations bilatérales. Plus que jamais ces enjeux éducatifs légitiment une CONFEMEN vivante et active au sein de laquelle chacun de ses membres, ses organes directeurs et exécutifs, s’engagent résolument pour l’atteinte de ces objectifs.

Nous rappelons la qualité des travaux menés au sein de la CONFEMEN tant dans le domaine de la réflexion que dans celui de l’information et de la documentation. Nous apprécions également hautement la pertinence du Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la CONFEMEN (PASEC) comme instrument d’aide à nos décisions politiques. Nous nous réjouissons qu’il se poursuive. Nous souhaitons qu’il soit très largement connu et diffusé et exprimons le vœu qu’il soit pris en compte, notamment lors du Sommet sur l’Education qui réunira, le 27 novembre prochain à Bamako, six Chefs d’Etat africains.

Nous nous réjouissons de l’intensification des relations positives entre la CONFEMEN et l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), opérateur principal des Sommets, et souhaitons que la programmation future soit encore plus étroitement liée avec les orientations de la CONFEMEN. Nous prenons acte des progrès déjà accomplis, souhaitons la poursuite des efforts dans ce sens et demandons qu’au cours du prochain biennum l’accent soit mis sur :

  • l’apport aux pays membres qui en feraient la demande d’un soutien pour l’élaboration de leurs programmes nationaux et pour leurs négociations dans les enceintes internationales compétentes, afin de faciliter l’accès aux financements correspondants ;
  • la poursuite des politiques visant à doter les classes en manuels scolaires adaptés tout en contribuant à développer les capacités éditoriales du Sud ;
  • l’intensification des activités visant au développement des curricula, à leur harmonisation au niveau régional et l’intégration de l’éducation à la citoyenneté démocratique, à l’éducation à la santé, à l’environnement ;
  • l’importance de la formation initiale et continue des personnels de l’éducation, particulièrement pour les chefs d’établissement, comme un élément déterminant d’un processus de refondation ;
  • la prise en compte de manière plus intense des résultats du PASEC pour la mise en œuvre des activités de l’AIF.

Dans cette perspective, nous souhaitons qu’une Francophonie visible, active, participative, ouverte à la collaboration avec l’ensemble des organisations et associations internationales (OUA, Unesco, Unicef, FMI, Banque mondiale, BAD, UE, ADEA, FAWE) saisisse toutes les occasions pour susciter les synergies nécessaires et renforcer des partenariats devenus aujourd’hui indispensables.

Nous invitons les Chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie, convaincus de l’importance de l’éducation, partie intégrante des droits fondamentaux et clé de tout développement, à réaffirmer lors du prochain Sommet de Beyrouth le rôle déterminant de la CONFEMEN et de sa mission, ainsi qu’à prendre en compte ces orientations dans la programmation de ses opérateurs.

Nous accueillons avec grand plaisir au sein de notre Conférence le Cambodge, le Laos et la Macédoine et invitons les pays francophones non encore membres à nous rejoindre dès que possible.

Nous adressons aux autorités et au peuple malien nos vifs remerciements pour la qualité et la chaleur de leur accueil ce qui nous a permis de mener nos travaux dans un climat agréable et avec succès.

Nous acceptons avec gratitude l’invitation du Liban pour la prochaine réunion de notre Bureau et celle du Burkina Faso pour la tenue de notre 50e session en 2002 sur le thème : « Stratégies de renforcement du financement et de la gestion en vue de l’amélioration de l’accès et de la qualité de l’éducation/ formation ».

 Actes de la 49e Session ministérielle (PDF, 845.4 ko)

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